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Une pandémie troublante

Des psychanalyses techno-digérées

Paris, les 13 & 14 décembre 2025

À L'Agora

64, rue du Père Corentin 75014 Paris
Samedi de  9H à 18H et dimanche de 9H à 16H
Métro ligne 4 Porte d'Orléans, Bus 38 & 92, Tram 73a.

 

Argument

 

Le samedi matin sera consacré à un film, présenté par Mayette Viltard.

 

L’obligation de la femme sous le régime de l’hétéro-normativité est de désirer le père. D’autre part, le fait que ce témoignage ne soit pas disponible est propre à l’expérience psychanalytique de Freud. En effet, lorsque des femmes confièrent que leur père ou des figures paternelles les abordaient sexuellement, le plus grand défi de la carrière de Freud et sa découverte théorique la plus étourdissante et la plus tenace surgirent simultanément. En bref, ces femmes fantasmaient avoir des rapports sexuels avec leur père, un fantasme si interdit, si tabou, qu’elles ne pouvaient seulement se l’imaginer que sous la forme d’abus sexuel.
Lynda Hart, Lust for innocence, 2001.

Je suis un pont balancé par le vent, une croisière habitée par des tourbillons, Gloria, celle qui facilite, Gloria, la médiatrice montée à califourchon sur l’abîme. « Ta loyauté est à la race, au mouvement chicano » me disent ceux de ma race. « Ta loyauté est à ton genre, aux femmes », me disent les féministes. Aussi ma loyauté existe au mouvement gay, à la révolution socialiste, à l’époque nouvelle, à la magie et à l’occulte... Qu’est-ce que je suis ? Une féministe lesbienne tiers-mondialiste qui penche vers le marxisme et le mysticisme. Ils me fragmenteront et, sur chaque morceau, ils mettront une étiquette.
Gloria Anzaldùa, Terres frontalières la nouvelle mestiza, 1987. (Cambourakis, 2022).

Permettez-moi de commencer par dire qu'à cette époque, au début des années 80, j'ai écrit trois textes qui ont été fondamentaux pour moi et pour de nombreuses personnes dans le monde. Et ils le sont toujours, tous les trois en fait. L'un d'eux est « Teddy bear patriarchy », l'autre est le « cyborg manifesto » et le troisième est « Situated knowledges ».
Feminism troubles “category-making” A conversation with Donna J. Haraway

Foucault a posé l’existence d’un troisième type de pouvoir, autre que souverain ou disci¬plinaire, mais le biopouvoir, la biopolitique de Foucault sont seulement « une prémoni¬tion flaccide de ce qui est en train d’arriver », dit Haraway, au seuil des années 80. C’est là précisément qu’elle entre en jeu, d’une double manière, en amenant, la biologie et l’informatique. C’est comme si Haraway, appuyée sur le savoir des luttes – féministes en l’occurrence – venait compléter le dispositif de sexualité de Foucault qui se voit ainsi augmenté des technologies informatiques, qui créent ce qu’Haraway appelle une implo¬sion de l’informatique et de la biologie.
Le terme que je cherche pour caractériser cette époque, dit-elle, est peut-être « pandémie de l'informatique ». Du patriarcat capitaliste blanc à l'informatique de la domination, en passant par les pandémies de l'informatique, nos dominations ne fonctionnent plus par la médicalisation et la normalisation. Elles fonctionnent par l’action en réseau, la reconceptualisation des communications, la gestion du stress.
Les êtres humains, comme n’importe quel autre composant ou sous-système, doivent être localisés dans une architecture-système aux modes opérationnels probabilistes et statistiques. Aucun objet, aucun espace, aucun corps n’est sacré en lui-même ; tout composant peut être mis en interface avec un autre, il suffit pour cela de construire la norme adéquate, le code qui permet de traiter les signaux dans un langage commun. L’échange, dans ce monde, transcende la translation universelle effectuée par les marchés capitalistes que Marx a si bien analysés. L’informatique de domination fonctionne avec l’autorité conférée au code.

 

Comment puis-je utiliser la langue, utiliser les concepts, résoudre les problèmes qui nous attendent au seuil du XXIème siècle ? Une cohorte de politiques, d’hommes de pouvoir et d’entreprises produisent des agencements d'énonciation liés à l'informatique et l'intelligence artificielle, qui naissent dans le cadre d'une logique binaire et dans des relations biunivoques, qui dominent également la psychologie, la linguistique, le structuralisme, et qui forgent la subjectivité de notre temps. Bien que Deleuze et Guattari aient posé de nombreux points forts à ce sujet dans leurs travaux, particulièrement dans Mille plateaux, il est bien évident qu’ils n’ont pas pu suivre les développements de l'informatique comme technique, comme processus créatif d’une certaine subjectivité. C'est à nous aujourd’hui de le faire.

 

On a l’inconscient qu’on mérite ! Et je dois avouer que celui des psychanalystes structura¬listes me convient encore moins que celui des freudiens, des jungiens ou des reichiens ! L’inconscient, je le verrais plutôt comme quelque chose qui traînerait un peu partout autour de nous, aussi bien dans les gestes, les objets quotidiens, qu’à la télé, dans l’air du temps, et même, et peut-être surtout, dans les grands problèmes de l’heure. (Je pense, par exemple, à cette question du choix de société qui refait invariablement surface lors de chaque campagne électorale.) Donc un inconscient travaillant aussi bien à l’intérieur des individus, dans leur façon de percevoir le monde, de vivre leur corps, leur territoire, leur sexe, qu’à l’intérieur du couple, de la famille, de l’école, du quartier, des usines, des stades, des Universités... Autrement dit, pas un inconscient de spécialistes de l’inconscient, pas un inconscient cristallisé dans le passé, gélifié dans un discours institutionnalisé, mais au contraire, tourné vers l’avenir, un inconscient dont la trame ne serait autre que le possible lui-même, le possible à fleur de langage, mais aussi le possible à fleur de peau, à fleur de socius, à fleur de cosmos... Pourquoi lui coller cette étiquette d’inconscient machinique ? Simplement pour souligner qu’il est peuplé non seulement d’images et de mots, mais aussi de toutes les sortes de machinismes qui le conduisent à produire et à reproduire ces images et ces mots.
Nous sommes accoutumés à penser les faits matériels et sociaux en termes de généalogies, de résidus archéologiques, de progrès dialectiques, ou bien de décadence, de dégénéres¬cence, d’entropie montante... Le temps va de l’avant, vers des jours meilleurs, ou bien il se précipite, à l’aveuglette, vers d’insondables catastrophes. A moins qu’il ne se mette a végé¬ter indéfiniment. On peut contourner ces sortes de dilemmes en refusant toute extrapolation causaliste ou finaliste et en limitant strictement l’objet de ses recherches a des relations structurales ou a des équilibres systémiques. Mais de quelque façon que l’on s’y prenne, le passé reste lourd, refroidi, et le futur largement hypothéqué par un présent noué de toutes parts. Penser le temps à rebrousse poil ; imaginer que ce qui est venu après puisse modifier ce qui était avant ; ou bien qu’un changement, au cour du passé, puisse transformer un état de chose actuel : quelle folie ! Un retour la pensée magique ! De la science-fiction ! Et pourtant... Il ne me paraît nullement absurde de tenter l’exploration de telles interactions, que je qua¬lifierais, elles aussi, de machiniques, sans spécifier, dans un premier temps, leur nature matérielle, et/ou sémiotique.
Ni idée platonicienne transcendante, ni forme aristotélicienne adjacente à une matière a-morphe, ces interactions déterritorialisées, abstraites, ou, plus brièvement, ces machines abstraites, traversent divers niveaux de réalité, font et défont les stratifications. Elles ne s’accrochent pas à un temps unique, universel, mais a un plan de consistance, trans-spatial et trans-temporel, qui leur affecte un coefficient relatif d’existence. Dès lors, leur parution dans le réel ne prétend plus se donner d’un seul tenant : elle se négocie à partir de quanta de possibles. Les coordonnées d’existence, tout autant que les coordonnées spatio-temporelles et les coordonnées subjectives s’établissent a partir d’agencements en constante interaction et sans cesse engagés dans des processus de déterritorialisation et de singularisation qui ont pour effet de les décentrer les uns par rapport aux autres et de leur assigner des « territoires de rechange » dans des espaces de codage. Ainsi serai-je amené à opposer les territoires et les terroirs aux territorialités machiniques. A la différence de la logique des ensembles, une « machinique » des agencements ne reconnaîtra jamais que des identités et des trajectoires relatives.
Ce n’est qu’à l’échelle humaine « normale » — c’est-à-dire qui ne relève ni de la folie, ni de l’enfance, ni de l’art — que l’Etre et le Temps paraîtront s’épaissir et s’empâter jusqu’à un point de non retour. A considérer les choses sous l’angle des temps machiniques et du plan de consistance, tout s’éclairera différemment : les causalités ne fonctionneront plus à sens unique et il ne nous sera plus permis d’affirmer que « tout est joué d’avance ».
Félix Guattari, L’inconscient machinique – essais de schizo-analyse, Paris, Éditions recherches, 1979.

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INTERVENANTS

Michèle Duffau - Mayette Viltard - Marie Jardin - Françoise Jandrot - Luc Parisel- Xavier Leconte - Julio Barrera-Oro - Ninette Succab- Glissant - Marie- Magdeleine Lessana - François Dachet - Anne Marie Ringenbach - Anne- Marie Vanhove Claude Mercier - Jean-Hervé Paquot

 

Quelques textes :

Gloria Anzaldùa, Terres frontalières la nouvelle mestiza, 1987. (Cambourakis, 2022).

Lynda Hart, « Passion pour l’innocence », L’unebévue, n°42.
Eve Kosofsky Sedgwick, « Un poème est écrit », L’unebévue, n°42.
Sigmund Freud, « Un enfant est battu », 1920, « Caractère et érotisme anal », 1908, Névrose, psychose et perversion, PUF, Paris, 1973.

Sandor Ferenczi « Confusion de langues entre adultes et enfant : le langage de la tendresse et de la passion, » Œuvres Complètes, Psychanalyse, tome 4 chap.9, p. 125-135.
Donna Haraway, Manifeste cyborg: science, technologie et féminisme socialiste à la fin du XXesiècle, Savoirs situés: question de la science dans le féminisme et privilège de la perspective partielle, Le patriarcat de Teddy Bear: taxidermie dans le jardin d’Eden, New York, 1908-1936, Le témoin modeste: diffractions féministes dans l’étude des sciences, in Le manifeste cyborg et autres essais, Sciences – Fictions – Féminismes, ed. Exils, 2007.
– When We Have Never Been Human, What Is to Be Done? Theory, Culture & Society, 2006. Quand les espèces se rencontrent, Les empêcheurs de penser en rond, 2021.

Michel Foucault, Le jeu de Michel Foucault, Dits et Ecrits tome III texte n° 206, juillet 1977.
– La volonté de savoir.

Karen Barad, À la rencontre de l’univers, trad Denis Petit, l’unebévue-éditeur, 2020-2024.

S. Freud, « Souvenirs d'enfance et souvenirs-écran » in Psychopathologie de la vie quotidienne.

Félix Guattari, L’inconscient machinique – essais de schizo-analyse, Paris, Éditions recherches, 1979.

Alan Turing, Les machines intelligentes, inédits, Herman collection technologia, 2025. Préface de Jean Lassègue et de Giuseppe Longo.

Deleuze & Guattari, L’anti-Œdipe, et Mille plateaux, capitalisme et schizophrénie, I et II, Paris, Minuit. - Qu’est-ce que la philosophie ? Paris Minuit,

F. Guattari, Qu’est-ce que l’écosophie (textes réunis et présentés par Stéphane Nadaud), Lignes, 2014.


 

Inscriptions sur place à 9h

À L’AGORA
64 rue du Père Corentin 75014 Paris
Samedi de 9h à 18h – Dimanche de 9h à 16h Metro Ligne 4 Porte d’Orléans Bus 38 et 92 Tram T3a
Participation aux frais : pour le WE: 100€. Tarif réduit 50€
CLINIC ZONES et UNEBÉVUE 82 avenue de Breteuil 75015 PARIS Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Direction et coordination : Mayette Viltard, Anne Marie Ringenbach